moi, christiane F, 13 ans

Résumé


Ce livre terrible a connu un retentissement considérable en France et dans toute l'Europe. Ce que raconte cette jeune fille sensible et intelligente, qui, moins de deux ans après avoir fumé son premier « joint », se prostitue à la sortie de l'école pour gagner de quoi payer sa dose quotidienne d'héroïne, et la confession douloureuse de la mère font de Christiane F. un livre sans exemple. Il nous apprend beaucoup de choses, non seulement sur la drogue et le désespoir, mais aussi sur la détérioration du monde aujourd'hui ...

 

 

Date de parution : 13/06/2007 
Editeur : Gallimard (Editions) 
Collection : Folio 
Format : Poche 
Nb. de pages : 352 pages

 

 

 

 

 

 

 

 

4 sur 5

Un livre qu'il est si difficile d'aimer, et qui pourtant marque les esprits à vie.

 

Quel livre bouleversant, vraiment. L'histoire de Christiane me rappelle un peu ce livre que j'avais lu ado, L'herbe bleue, le même genre de livre qui marque pour toujours, qui reste gravé dans tout ce qu'il a de tragique, dans sa réalité palpable, noire, effrayante.

Une histoire sordide, glauque, qu'on jurerait inventée de toute pièce et qui pourtant est l'histoire vraie d'une enfant, traumatisante et choquante à souhaits.

Christiane débute son récit par son enfance, plutôt banale, mais qui fut pour elle un mauvais départ. Car elle cherchera toute sa vie à satisfaire des besoins personnels qui n'ont pas été satisfaits depuis l'enfance. Christiane a besoin d'amour, éperduement, passionnément, viscéralement. Christiane a besoin de se sentir entourée, aimée, faisant partie d'un groupe, d'un tout.

Et ce besoin, elle va chercher à l'assouvir par tous les moyens. Voulant à tout prix se faire accepter, intégrer parmi les gens qu'elle trouve cool et qu'elle admire. Et parfois, pour s'intégrer, il faut faire certaines choses. Ca commence par un petit joint. Un tout petit joint de rien pour se sentir comme les autres, comme faisant partie d'un tout. Le tout début d'une déchéance à peine imaginable.

Ce livre montre bien la progression à la fois très lente et incroyablement rapide, quand on prend du recul, de la descente aux enfers de Christiane, cette jeune fille de 13 ans qui cherche uniquement à exister, et qui a besoin des autres pour cela. Elle y va étape par étape. Un petit joint, un petit cachet, un peu d'alcool, histoire de passer de bonnes soirées avec les autres qui ont besoin de ça pour être "cool". Et finalement ça va très vite. A chaque étape passée, elle a une vision très réaliste de l'étape suivante, tout en se disant "moi, jamais !" Et il lui faut très peu de temps pour transformer ce "moi, jamais" en "ce ne serait peut-être pas si mal" et pour passer le cap, tout en ayant le même shéma avec l'étape suivante. Le tranquilisants, les stimulants, les drogues à "trip", comme le LSD. Tout y passe. Jusqu'à l'étape finale, celle que Christiane était persuadée de ne jamais atteindre : l'héroïne. Et non seulement l'héroïne en soi, c'est grave, mais surtout, c'est cher ! Et Christiane va devoir se montrer de plus en plus inventive pour pouvoir s'acheter sa coolitude. Jusqu'à la prostitution. A 13 ans.

Des dizaines de fois, elle va se montrer très décidée à tout arrêter. Des dizaines de fois elle va replonger, aussi facilement que si elle n'avait jamais fait aucun effort. Et chaque fois, elle va plus bas. Chaque fois c'est pire. Elle appelle à l'aide, trouve des mains secourables ou tente de se prendre en main seule, fait tout ce qu'elle peut, mais retombe à chaque fois dans l'enfer. C'est horrible ce sentiment qu'elle ne saura jamais remonter la pente, enfoncée qu'elle est dans la vase jusqu'au cou.

Christiane souhaite juste être appréciée, voire aimée. Chaque nouvelle personne qu'elle rencontre est plus cool que la précédente, donc le modèle à suivre, l'idole. Celle qui lui donnera l'amour qu'elle n'a pas reçu enfant. Ou en tout cas, pas comme elle l'aurait voulu. Pas comme elle en aurait eu besoin. Et chaque nouvelle personne, ami, amie, pote, connaissance, petit ami, va l'entraîner un peu plus au fond de l'enfer.

Christiane vit un vrai cauchemar. En tant que Maman, je n'ai pas pu rester insensible à cette histoire, évidemment. La mère de Christiane n'a pas toujours pris les bonnes décisions, n'a pas toujours fait ce qu'il fallait, n'a pas été une mère exemplaire, mais elle a fait ce qui lui semblait bien, et fait les choses avec les oeillères qu'une mère a forcément vis à vis de son enfant qui "ne peut pas se droguer", "ne peut pas mentir", et "ne peut certainement pas trouver de l'argent en se prostituant". Qui pourrait le lui reprocher. J'imagine mal penser que ma fille se drogue, même avec un max de preuves sous les yeux. Je pense que c'est humain de se dire que ça n'arrive qu'aux autres. Elle aurait peut-être pu aimer sa fille différemment, lui fournir directement un univers sécurisant, une confiance en elle qui l'aurait amenée à peut-être passer son chemin face à ce premier tout petit joint. Mais on ne comprend pas toujours ce qu'on attend de nous, ce qu'il faudrait faire. Souvent, on fait surtout comme on peut.

Bref, cette histoire est horriblement prenante, de la façon la plus malsaine qui soit. 

On sait que Christiane s'en sort, puisque le livre est tiré de son témoignage adulte, et pourtant, tout au long de la lecture, on est persuadé qu'il ne peut pas y avoir d'issue favorable pour elle, tant on a l'impression qu'elle a tout essayé, et que rien ne la sortira de cette dépendance, qui, au-delà de la dépendance physique, est encore davantage affective, morale, mentale. Christiane cherche plus à remplir son coeur que ses veines. Et ça nous fait une peine folle. Il aurait fallu si peu de choses pour lui éviter tant d'emmerdes. C'est à peine croyable. Une mère plus attentionnée, un père plus présent, une amie de coeur. Ca aurait pu tout changer.

Imaginer une gosse de 13 ans face à toutes les difficultés qu'elle rencontre, subir ce qu'elle a subi, accepter ce qu'elle a accepté, c'est juste intolérable.

Et c'est ça qui fait que c'est une histoire qui marque à vie, ce drame est tellement, tellement violent dans tous les sens du terme. On ne peut que se mettre à la place de l'ado, ou à la place de ses parents, qui tenteront pour elle beaucoup de choses, mais bien tard. Et on est aussi désemparé et aussi impuissant qu'eux.

La fatalité. Ce livre est l'histoire d'une fatalité. Et c'est l'une des plus dures lectures de ma vie. J'ai detesté ce livre de me faire me sentir aussi mal et inutile. Mais il gardera pour toujours allumée une petite lumière dans un coin de mon cerveau, une sorte de petite alarme, qui me poussera à toujours faire attention à ce que mes enfants soient bien dans leurs baskets. Ce qui fait que je l'ai aimé et detesté à chaque fois, pour ce qu'il m'a apporté, et pour ce qu'il m'a pris de mon innocence, de ma naïveté.

Cali