Gagner la guerre Résumé  


"Gagner une guerre, c'est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d'orgueil et d'ambition, le coup de grâce infligé à l'ennemi n'est qu'un amuse-gueule. C'est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l'art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c'est au sein de la famille qu'on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, juste-ment, c'est plutôt mon rayon... ". Gagner la guerre est le premier roman de Jean-Philippe Jaworski. On y retrouve avec plaisir l'écriture inimitable de l'auteur des nouvelles de Janua vera et don Benvenuto, personnage aussi truculent que détestable. Le livre a obtenu en 2009 le prix du Premier Roman de la région Rhône-Alpes et le prix Imaginales du meilleur roman français de fantasy.

 



DATE DE PARUTION : 27/01/11 
EDITEUR : Gallimard (Editions) 
COLLECTION : Folio 
FORMAT : Poche 
PRÉSENTATION : Broché 
NB. DE PAGES : 981 pages

 

 

 

 

 

 

 

4 sur 5

 

Un roman entièrement porté par une écriture hyper addictive et très stylée.

 

Je vous le dis tout de suite, ce roman, je ne serais pas allée vers lui toute seule. Il aura fallu bien des efforts à une de mes copinautes pour me convaincre. Il est énorme, la couverture ne m'attire pas du tout, le titre encore moins (la guerre, je ne suis pas sûre qu'il y ait un sujet qui puisse moins me donner envie quoi... Les hémorroïdes peut-être ?) (et encore !), et l'auteur était pour moi un illustre inconnu jusqu'à ce qu'elle (la copinaute, appelons-la Yu pour garder intact son anonymat, mdr) m'en parle avec beaucoup d'enthousiasme et... d'insistance ! :D

Et encore à ce moment-là, je crois que je me le suis déniché surtout pour lui faire plaisir, et pour remplir ce qui pourrait se comparer à "ma part du marché". Elle a lu Rose Morte parce que j'avais fait un peu de ramdam sur ce titre, elle souhaitait donc à son tour me faire découvrir son "best ever".

Donc voilà, je me suis décidée, toujours pas très convaincue, à démarrer cette lecture.

Sur les premières pages, je me suis dit, "tiens, vraiment original dans le style d'écriture en tout cas !" Et plus j'ai avancé, plus j'ai aimé ça.

Jean-Philippe Jaworski a vraiment une empreinte profonde lorsqu'il écrit. Son style a une vraie personnalité. C'est vraiment bourré d'humour (pas du gros lourd qui tâche hein, c'est judicieusement parsemé, et intelligemment disséminé), et c'est un mélange extrêmement déroutant d'un texte vraiment soutenu, avec beaucoup de familiarité. En tout cas, il est explosif, ce mélange ! J'ai A-DO-RE sa plume, vraiment ! On a quand même un langage très noble-médiéval, avec des gens de la haute et tout et tout, qui se mélange avec un assassin qui a une sale gueule et qui ne se gêne pas quand il faut appeler un enculé "enculé", lol. Et j'avoue sans mal, c'est un mix qui a super bien marché avec moi :D

Heureusement du reste, parce que comme je le craignais, l'histoire, elle, m'a moins transportée. Effectivement, ça parle de la guerre, déjà. La vilaine gueguerre politique entre des clans ennemis, qui s'amusent à qui a la plus grosse pour obtenir pouvoir et domination et territoire. Normalement, ce genre d'histoire, pour moi c'est "no way". Ca ne m'intéresse tout simplement pas.

Or là, même si je ne peux pas vous dire en toute sincérité qu'elle m'a passionnée, l'histoire a quand même su me tenir en haleine. Mine de rien, ce beau bébé pèse quand même ses 1000 pages. Je veux dire, si ça m'avait vraiment rebutée, et désintéressée, je ne serais jamais allée au bout. Pis bon, en 17 jours, et en travaillant, je ne trouve pas ça si mal, finalement ! (Même si, je ne vous le cache pas, ça m'a quand même paru long tant que j'étais dedans, de passer autant de jours sur un seul livre.)

Je pense, après de longues délibérations avec moi-même, que l'histoire aurait été vite relou si le côté fantasy avait été plus poussé. En effet, c'est quand même assez léger à ce niveau, du coup, on peut vraiment se concentrer sur ce que l'auteur veut nous dire, les vendettas, les pactes, les contrats, qui contre qui, qui avec qui, qui ment, qui trahit, qui filoute...sans être trop déconcentré par des explosions magiques, des créatures incroyables dans tous les sens et tout un univers nouveau à appréhender. Il y en a oui de la magie, un petit peu, c'est vraiment très secondaire. Limite il n'y en aurait pas eu du tout que ça n'aurait peut-être pas tellement changé les choses. (enfin, y en a quand même qui auraient eu du mal à se remettre d'équerre arrivés aux portes de la mort, mais bon)

L'univers n'est pas un monde inventé de toute pièce non plus. J'ai trouvé ça assez dommageable pendant un temps, au final, je me dis que ce n'est pas plus mal pour se concentrer sur le reste. En ce qui me concerne, même si je ne connais pas vraiment le pays, ça aurait pu se passer dans l'Italie moyen-âgeuse en fait, entre le nom des rues, des personnages, des villes, ça sonne bien rital tout ça. Disons que les décors ne sont pas spécifiquement étiquetés "fantasy". Et croyez-moi, c'est voulu, ce n'est en aucun cas une défaillance de l'imagination de l'auteur, ou de sa capacité à décrire les choses. Car à côté de ça, il te fait de ces descriptions, le Jean-Phi, un truc de malade ! Il y en a d'ailleurs plutôt pas mal, dans le roman (certains vont penser "beaucoup trop", même, j'en suis sûre ! Ce sont ceux qui n'auront pas aimé lire Tolkien pour les mêmes raisons !) Personnellement j'ai bien apprécié tout ce côté descriptif, même s'il faut admettre que ça allonge grave le roman (1000 pages, dois-je le rappeler ?) Ca m'a permis de vraiment bien visualiser les choses, de les imaginer avec beaucoup de réalisme, de crédibilité.

Après, je peux quand même admettre que ce côté light fantasy m'a perturbée. Pour moi, la fantasy, c'est plus... fantaisiste que ça justement. Nouvel univers totalement imaginaire, des rencontres étonnantes... Ca me permet de rêver éveillée, pour de vrai. Il m'a donc tout de même manqué de quoi faire s'emballer mon imagination, parfois. Et pourtant, je sais que ça aurait beaucoup compliqué la compréhension, et donc, je valide tout de même le choix de l'auteur de faire "léger" de ce côté-là.
Mais bon, n'empêche que j'ai manqué de "merveilleux" et de "fantastique" sur ce coup. Ma copine Yu a dit quelque chose de très vrai sur le sujet, c'est que c'est un livre qui peut permettre aux néophites en fantasy de se lancer en douceur, sans s'en prendre plein la gueule du premier coup, juste avec les codes primaires de base de la fantasy, et un texte d'une belle qualité.

Mais à dire vrai, tout ça, on s'en fout complètement. Parce que ce qui fait de ce livre ce qu'il est. Ce qui en fait son immense qualité. Ce qui fait qu'alors même que l'histoire ne nous attirait pas et ne nous passionne d'ailleurs pas énormément en cours de lecture, on avance on avance on avance sans aucune difficulté et avec un immense plaisir, ce qui fait qu'on passe un SI BON MOMENT avec cette lecture, c'est l'auteur. L'auteur et sa façon de s'adresser à son lecteur. L'auteur et son talent. L'auteur et ses mots. J'avoue, je suis totalement subjuguée par l'écriture découverte ici. De toute façon, sans ça, on n'aurait pas de 4/5 alors que j'ai trouvé l'histoire un peu bof. Mais j'ai un vrai coup de coeur pour son style, clairement, qui m'a littéralement envoûtée. Du début à la fin !

Je pense que je vais me laisser tenter par un autre titre de Jaworski, histoire de le découvrir sur une histoire qui me parlera peut-être un peu plus, et décider si vraiment, lui et moi, on est faits pour s'entendre.
Quant à gagner la guerre, mon ptit public, oui, je crois que tu dois le découvrir. Je crois que tu dois rencontrer ce texte, parce que ce sera une belle rencontre, je te le promets.

Cali